
Première note, c'est un Korg, je pense.
J'en suis même sure.
Le son m'embrase, les basses secouent mon coeur dans tous les sens.
Le rythme lancinant est une couverture de chaleur, douceureuse transe
qui m'emporte. Passe une première heure ou ma tête s'enfonce dans les méandres
d'une musique lourde, pesante.
Je n'ouvre pas les yeux, l'odeur et la fumée du shit allumé à côté de moi enivre
mes sens, elle fume à s'en rendre malade, perdue dans une sorte de nuage vaporeux.
Je reconnais cette chanson. Je l'ai tellement écouté.
Je veux voir l'artiste, le regarder jouer sur son piano.
Et le choc me tape sur la tête.
Derrière les musiciens, sur le mur.
Des centaines de mots qui défilent.
Comme à leur habitude.
Mais je n'y étais pas préparée.
Torture, sang, viol, cicatrices, silences, je te prendrais, je te briserais.
Capuche, absence, silences, muette, peur, frayeur.
Torture, torture, sang, viol, abusée, viol, torture…
Défilent sur des lettres lumineuses dans tous les sens.
Mon coeur s'enflamme d'un coup. Happée, digérée par ces écrits
qui ne sont pas de moi. Me voilà face à ma vie, face à ces mots,
qui ne sont pas de moi.
Qui ne sont pas de moi.
Mes mains s'accrochent à mes bras. Je ne m'en rends pas compte,
pas encore, mais je viens d'enfoncer mes ongles dans la peau.
Les bords de mon bracelet d'argent s'enfoncent dans la chair, laissant
derrière eux des traînées rouges, des griffures qui laisse suinter ma peau.
S'écoule tout doucement le trop qui ne sort jamais assez.
Et j'entends. Mon prénom. Prononcé trois fois.
Je croyais que c'était lui. Pourtant non.
Cette voix sort de nul part.
Je ne sais pas qui m'apelle.
Je me sens observée, plus tranquille.
La sérénité macabre de l'instant me quitte.
D'un coup, ma force me quitte.
Mes bras tombent, s'échouent le long de mon corps.
Et viennent caresser mes hanches.
Je sens la peau, la chair.
Outrancière.
Intruse.
Je suis en colère.
Il ne m'a pas laissé finir.
Saigner jusqu'à la paix de l'âme.
Je ne sais plus, ensuite.
Je ne me rapelle pas.
J'ai fait mon plus beau sourire.
Ecorchée vive, dans une foule trop nombreuse.
Fais semblant, comme toujours.
Et je m'en suis sortie.
Vivante.
Sérieusement ?
J'aurais voulu y rester, couchée sur le sol de la salle de concert.
Piétinée par l'ignorance de tout ce monde, qui ne m'aurait pas vu,
et qui aurait marché sur moi, me délivrant de cette prison ou mon esprit
est en train de mourir.
Torture….